Interview de Christiane Gaillard : l’interprétation des rêves

Christiane Gaillard, spécialiste du monde onirique et créatrice de sa propre méthode d’interprétation des rêves, aide ses consultants à ouvrir la porte de leur inconscient. Ainsi, l’analyse des songes lève le voile d’un univers mystérieux, de cette autre part de nous-mêmes qui pourtant, nous échappe. Forte de cette passion, Christiane Gaillard a ouvert, en 1998, un Centre d’interprétation des rêves à Carpentras. Elle y enseigne sa méthode, aide ses consultants à analyser leurs rêves et anime des ateliers et conférences.

Christiane, comment la passion des rêves vous est-elle venue ?

À la quarantaine, en lisant un livre de Jung: “L’Homme à la découverte de son âme“, j’ai appris que les rêves avaient un sens ! Je me suis tout de suite passionnée pour cette nouvelle “langue”. J’étais prof à l’époque (et une prof heureuse), mais finalement j’ai démissionné afin de me consacrer entièrement à ce nouveau métier. C’est ainsi que je suis devenue interprète de rêves.

J’ai beaucoup lu, beaucoup cherché, mais ce sont les rêveurs et rêveuses qui m’ont le plus appris. Je n’ai jamais été freudienne (ses affirmations dogmatiques ne m’ont jamais convenu). J’ai suivi Jung un temps, jusqu’à ce que je sois obligée de reconnaître que ça ne faisait pas avancer les gens. J’ai toujours eu besoin de résultats, comme quand j’étais prof : si une interro ratée était le signe de l’échec de ma pédagogie, une thérapie ratée était le signe d’une erreur de ma part. J’ai alors décidé de tracer ma propre voie. Cela m’a conduite à “inventer” ma méthode.

Pouvez-vous nous présenter votre méthode d’interprétation des rêves, l’egostracisme ?

Elle est basée sur des hypothèses dont j’ai vérifié si souvent la validité qu’elles sont devenues pour moi des certitudes. Cependant, on ne doit pas se laisser convaincre tant qu’on ne les a pas vérifiées par soi-même, ce qui est le principe même d’une démarche scientifique. Voici les 5 points essentiels :

Le rêve est le langage symbolique utilisé par l’inconscient, avec son vocabulaire et sa grammaire.
Une traduction correcte soulage, nourrit, satisfait intellectuellement tout en parlant au coeur du sujet. C’est ce qui permet la croissance de la zone consciente. À terme, cela guérit les blessures de l’âme.
Tous les êtres humains doivent se libérer du pouvoir parental afin de devenir adultes psychiquement (et pas seulement physiquement). Car ce qui est automatique pour le corps ne l’est pas pour l’âme.
Nous sommes tous DEUX à l’intérieur : notre identité véritable (l’inconscient + le conscient), et un faux self (un ennemi intime toujours prêt à nous trahir, un reste d’animalité qui nous vient du fond des âges), que j’appelle l’ego et dont le pouvoir destructeur vient du fait que nous croyons être lui, puisqu’il pense ou parle dans notre tête.
Tous nos rêves mettent en scène ces deux problèmes de notre humanité. Quand on les comprend, leur parole “opère”, et l’homme accède à la liberté intérieure.
Comme l’ego est bien plus nocif et dangereux que les parents, j’ai appelé ma méthode “l’Egostracisme” (= frapper l’ego d’ostracisme = l’exclure du pouvoir intérieur).
Vous décrivez ce que l’on nomme couramment « ego » comme une puissante énergie négative qui contraint et tyrannise notre âme. Cet ego peut-il être rapproché du concept de la « personnalité » (du latin persona, qui signifie « masque de théâtre ») ?

L’ego est plus qu’une énergie. C’est vraiment quelqu’un dans notre espace intérieur, un coéquipier malfaisant. Il est effectivement à rapprocher de la “persona”, c’est-à-dire de la façade, du paraître, dans lesquels il se complaît. Si nous nous identifions à lui, cela suffit à nous empêcher d’accéder à nos profondeurs riches et complexes – à notre identité d’êtres humains – ce que nous sommes pourtant !

Les rêves ont un langage essentiellement symbolique. Est-il possible d’établir une classification de ces symboles ou varie-t-elle en fonction du rêveur ?

Il y a des symboles collectifs qui ont toujours le même sens. C’est ce qui rend cette langue universelle et lui confère la valeur d’une langue étrangère (mais commune à tous les peuples de toutes origines ou époques), qu’on peut donc apprendre et comprendre. Par exemple, une eau dangereuse est un symbole maternel dans toutes les langues et à toutes les époques. Toutefois, lorsque le cordon du sujet est coupé, l’eau symbolisera son propre inconscient, vu comme une eau claire, source de la vie de son âme.

Cependant, chaque langue a son “génie”. Par exemple, en français, le “violet” (dans un rêve) est une couleur qui évoquera le viol (ou l’abus de pouvoir), mais en français seulement.

Mais il y a aussi des symboles personnels, que seul le sujet peut décoder car ils sont liés à son propre regard ou à son vécu, unique et particulier. Par exemple, une personne connue du rêveur (mais sans attache pour lui) symbolisera un parent ou un proche qui compte pour lui. Il faut alors lui demander ce qu’il pense de cette personne : “C’est ma voisine, elle est hautaine et méprisante.” “Qui est ainsi dans votre entourage proche ?” Il le saura tout de suite : père ? mère ? épouse ? maîtresse ? gourou ? etc. Quelquefois, il répondra : “C’est moi !” Il aura alors identifié son propre ego.

Quels sont les symboles qui reviennent le plus souvent dans les rêves de vos consultants ?

Les symboles maternels : l’eau (les eaux matricielles), le couloir ou un passage étroit (le col de l’utérus), l’escalier (encore le col de l’utérus), la cage, la grotte ou la prison (l’utérus, dans lequel une partie de soi peut rester enfermée toute la vie…)

Beaucoup de rêves parlent en effet d’une relation non réglée avec une mère au pouvoir excessif, voire démesuré. Se libérer de ce pouvoir change véritablement la vie.

Cependant, les symboles de l’ego sont également fréquents : le serpent, le lion, ou tout autre animal dangereux – mais aussi le diable, le géant, le tueur.

Vous est-il déjà arrivé de guérir un mal physique par l’interprétation d’un rêve ?

Ce qui se passe, c’est que l’interprétation, si elle est juste, guérit l’âme. Et quand l’âme est guérie, beaucoup de manifestations physiques disparaissent d’elles-mêmes (puisque la cause initiale n’est plus là). Par exemple, une colite peut s’atténuer jusqu’à disparaître lorsque le sujet est libéré de sa mère (le ventre est un symbole maternel).

Ceci dit, je fais souvent faire des visualisations sur les différents organes (tous symboliques) et cela aide à guérir la douleur. C’est immédiat et très efficace. Cependant, je ne parle pas là de maladies graves, mais plutôt de dysfonctionnements liés à un mal-être psychique. Cela relève de la psychosomatique (le corps et l’âme sont liés).

Quand un organe est véritablement touché, il faut prendre les médicaments adéquats et se faire opérer si nécessaire.

Pourquoi est-il parfois difficile de se souvenir de ses rêves et quel conseil donneriez-vous pour remédier à cela ?

Il n’y en a pas de vraiment efficace. On peut mettre un cahier et un stylo sur sa table de nuit, demander un rêve à son inconscient… Souvent, il suffit de s’intéresser à ses rêves pour qu’ils surviennent. Mais ce n’est pas garanti !

Que peut cacher un cauchemar récurrent, au-delà d’une peur enfouie ?

Le cauchemar véhicule un message concernant un traumatisme (souvent ancien) et en tout cas vécu avant la première venue du rêve. Ce n’est donc pas la peur qui est enfouie, mais le traumatisme (lié à un prédateur dehors, ou à l’ego dedans).
La récurrence dit simplement au rêveur qu’il n’a pas compris le message. C’est pourquoi il revient. Il cessera dès qu’il aura été correctement interprété.
Sur votre site internet www.egostracisme.com, vous abordez souvent la question de la relation parents – enfants. Quels conseils donneriez-vous aux parents pour mieux prendre en compte les rêves de leurs enfants ?

Le seul conseil efficace est celui-ci : se libérer du pouvoir de ses propres parents (ainsi que de celui de son ego) est le meilleur moyen pour agir au mieux de l’intérêt de son enfant.

Ceci dit, bien sûr, si le parent se reconnaît dans le rêve (ou cauchemar) de son enfant, il est recommandé de vider l’abcès (“Si j’ai été injuste avec toi, je te demande pardon.”) Cependant, il peut s’agir de tout autre chose. Il faut toujours être prudent… Mais il est vrai que les enfants rêvent et que l’idéal serait qu’ils comprennent leurs rêves. Cela leur éviterait bien des déboires dans leur vie future.

Comment se déroule une consultation avec vous ?

Le premier entretien. J’écoute la personne expliquer son problème, puis je questionne sur le vécu (l’enfance) et les événements importants. J’essaie de faire des liens. Puis je donne la parole à l’inconscient. On me raconte alors son ou ses rêves. J’en propose une traduction (avec laquelle le rêveur doit être d’accord, sans quoi je me suis trompée). Enfin, j’établis un diagnostic : la cause du mal-être qui a amené la personne en consultation est parfois très différente de ce qu’elle-même avait identifié, parce qu’elle n’avait analysé que la conséquence, c’est-à-dire son mal-être présent.
Les entretiens suivants. Je m’informe de l’évolution consciente du sujet, je lui traduis ses rêves et je lui propose la visualisation pour compléter si nécessaire.
Quel livre emporteriez-vous sur une île déserte ?
J’emporterais plutôt du papier et un stylo pour en écrire un…

Votre citation favorite ?

“L’homme quittera son père et sa mère, il s’attachera à sa femme et ils ne feront qu’une seule chair.”

Parce que cela signifie : l’être humain se libèrera de ses parents et il s’unira à son inconscient (marqué du genre opposé, féminin pour un homme, masculin pour une femme) à l’intérieur de son propre corps (une seule chair).

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